Taro : chronique d'une mort annoncée

 

 

Le 21 novembre 2010, je me suis rendue au parc animalier de La Reid en compagnie de mon mari et de deux amies afin d'y découvrir les nouveaux pensionnaires américains.

A peine arrivés devant l'enclos des loups européens, nous avons découvert un animal gravement blessé qui gémissait de douleur. Pensant qu'il s'agissait d'une blessure récente, j'ai immédiatement contacté le responsable, Monsieur Thibault Geurts.

Celui-ci minimisant la blessure, m'a expliqué qu'il était au courant et qu'il ne pouvait rien faire pour cet omega.

Selon lui, construire un enclos afin de l'isoler coûterait trop cher et l'anesthésier pour soigner sa blessure comporterait trop de risques. Il faudrait donc "laisser faire la nature".

Lors de la conférence de Laetitia Becker le 27 novembre, j'ai eu une longue conversation avec ce responsable et beaucoup de choses qu'il m'a dites m'ont profondément choquée. A savoir que de nombreux loups avaient déjà péri dans pareilles circonstances, de septicémie ou tués par leurs semblables, comme s'il s'agissait d'une fatalité. Or, dans un environnement naturel, le loup omega a la possibilité de fuir ses assaillants. Ici, il était pris au piège et à la merci de ses bourreaux.

Ce loup ne semblait pas avoir grande valeur aux yeux de mon interlocuteur et le fait que je m'y intéresse paraissait l'agacer profondément. "Taro nous pose des problèmes depuis le début. A deux reprises, nous avons dû l'hospitaliser : une fois pour paralysie, une autre pour hypothermie, alors..." a-t-il déclaré d'un ton désinvolte, la jeune fille qui l'accompagnait ajoutant : "Pffff ! Encore ce Taro !". Attitude pour le moins étrange.

Ce qui m'a paru également incompréhensible, c'est que M. Geurts habite à 150km du parc et a avoué ne pas s'y rendre tous les jours. Un employé du parc nous a même affirmé qu'il n'y allait que très rarement, voire pas du tout en hiver. Difficile dans ces conditions d'assurer la surveillance des animaux. Et que fait-on en cas d'urgence ?

Avec la vague de froid que nous avons connu cet hiver, je savais que l'animal continuerait de s'affaiblir et que l'arrivée de la période de rut risquerait de lui être fatale. Le temps était compté. 

J'ai donc trouvé une personne de confiance qui possède l'infrastructure ainsi que les compétences nécessaires pour accueillir l'animal blessé et où ce dernier pourrait avoir une fin de vie heureuse. La personne a alors pris contact avec Mr Geurts, mais celui-ci a refusé de se séparer du loup sous prétexte qu'il ne lui en restait que quatre au parc.

Le 4 janvier 2011, je me suis rendue une seconde fois dans ce parc. Ce que j'ai trouvé n'était guère réjouissant. En effet, la proximité des enclos respectifs des loups européens et américains, séparés par un simple grillage, générait une tension telle dans le clan des loups gris que le pauvre Taro subissait encore les assauts répétés de ses congénères. Le blessant toujours au même endroit, l'ensemble de la meute semblait encore s'acharner sur ce pauvre omega dont le sort devenait de plus en plus précaire. D'autant plus que l'ouvrier faisant office de soigneur durant les longues absences de Mr Geurts venait de m'affirmer qu'aucun soin n'était prodigué au loup blessé.

Le dimanche 27 février, j'y suis encore retournée afin de me rendre compte de l'évolution de la situation. Ce jour-là, l'état de Taro ne semblait pas s'être dégradé depuis ma précédente visite. L'ensemble de la meute affichait une certaine homogénéité et sa blessure semblait se cicatriser progressivement. J'étais donc quelque peu rassurée de ce côté. Néanmoins, j'ai constaté que l'abri des loups avait été fortement endommagé par les intempéries hivernales et qu'une réfection complète des installations s'imposait.

Ceci dit, la période la plus critique n'était pas encore passée. Car le rut arrivait à grand pas et je redoutais particulièrement ce moment. En effet, il a pour conséquence de décupler l'agressivité des autres membres envers l'omega. Or, je savais qu'en cas de conflit, Taro ne serait pas suffisamment fort pour affronter ses adversaires et qu'il risquait d'y perdre la vie.

Durant les mois qui ont suivi, je n'ai pas pu me rendre personnellement à Forestia pour raison de santé, des observateurs me donnant sporadiquement des nouvelles bien peu rassurantes.

Jusqu'à ce jeudi 14 juillet où une de mes connaissances m'a affirmé n'avoir vu que trois loups européens dans l'enclos...

Inquiets, mon mari et moi-même nous sommes précipités au parc, pour y découvrir que Taro avait disparu. Nous avons alors cherché à connaître la raison de cette absence, espérant sans conviction qu'il avait été transféré à un autre endroit. C'est à ce moment que nous avons appris l'abominable nouvelle : Taro était mort. Mort dans d'atroces souffrances, dans la plus grande indifférence de tous, et surtout de ce "passionné de loups" dont l'arrogance n'a d'égal que la cruauté.

Doutant de la thèse avancée par l'employé selon laquelle Taro aurait été retrouvé mort de cause inconnue et envoyé au CHU Vétérinaire de Liège pour autopsie, j'ai contacté le service concerné afin d'obtenir des précisions sur les circonstances exactes du décès du loup souffre-douleur. Le vétérinaire légiste m'a répondu avec certitude qu'aucun cadavre de loup ne lui avait été envoyé de Forestia.

J'ai alors téléphoné au Docteur Daniel Gavage, vétérinaire responsable du parc, qui m'a relaté qu'il avait appris le décès de Taro lors d'une de ses visites mensuelles et qu'il n'avait pas été alerté au moment du décès. Ajoutant que lors d'un entretien avec le responsable animalier, Monsieur Florent Halleux, celui-ci lui aurait confié qu'il n'avait pas été jugé opportun de prévenir le vétérinaire car il "valait mieux que ce loup meure". Toujours selon les dires de ce responsable, Taro n'aurait pas été autopsié car la cause de sa mort était évidente au vu de la gravité de ses blessures.

Autant d'incohérences dans les différentes versions du personnel de ce parc qui nous ont conduits à vouloir rencontrer l'administrateur délégué, Monsieur Philippe Lafontaine, afin de faire le point sur la situation.

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